Sommaire(19)
- 01Pourquoi fabriquer son savon maison
- 02Quels sont les 3 ingrédients d’un savon maison ?
- 03Huiles végétales
- 04Hydroxyde de sodium (NaOH)
- 05Eau distillée
- 06Comment choisir ses huiles pour un savon SAF ?
- 07Comment calculer la quantité de soude pour un savon ?
- 08Matériel minimal
- 09Recette débutant : 50 % olive / 25 % coco / 20 % karité / 5 % ricin
- 10Formule pour 500 g d’huiles (≈ 5 pains de 100 g)
- 11Étapes résumées
- 12Variantes selon l’usage
- 13Savon peaux sèches
- 14Savon doux pH minimal
- 15Savon cadeau parfumé
- 16Savon exfoliant
- 17Comprendre la saponification à froid
- 18Erreurs fréquentes à éviter
- 19Footnotes
Faire son savon à partir de trois ingrédients — des huiles végétales, de la soude et de l’eau — est accessible dès le premier essai, à condition de comprendre la chimie qui s’opère. Ce guide couvre les matières premières, le calcul de la soude, le matériel minimal, une recette débutant éprouvée et les variantes selon les types de peau.
Pourquoi fabriquer son savon maison
Le savon industriel standard subit plusieurs étapes de raffinage. La glycérine, co-produit naturel de la saponification, est souvent extraite et revendue séparément à l’industrie cosmétique. Ce que vous achetez en supermarché est donc techniquement un “syndet” (synthetic detergent) dans de nombreux cas — formulé avec des tensioactifs de synthèse plutôt qu’avec les seules huiles et soude.
Fabriquer son savon maison présente trois avantages concrets :
Contrôle total des ingrédients. Vous choisissez les huiles, la fragrance, les colorants — ou vous n’en mettez pas. Aucun conservateur inutile, aucun EDTA, aucun parfum de synthèse inconnu.
Économie réelle à l’échelle. Un batch de 1 kg de savon (≈ 10 pains de 100 g) coûte entre 8 et 15 € en matières premières selon les huiles choisies. Soit 0,80 à 1,50 € le pain, contre 3 à 6 € pour un équivalent artisanal en boutique.
Personnalisation selon la peau. Surgras élevé pour les peaux sèches, dominance oléique pour les peaux sensibles, ajout d’argile pour les peaux mixtes. Voir la recette savon peaux sèches pour une formule à surgras 10 %.
Quels sont les 3 ingrédients d’un savon maison ?
Trois matières premières suffisent pour fabriquer un savon : un mélange d’huiles végétales (généralement olive, coco, karité, ricin), de l’hydroxyde de sodium (NaOH, soude caustique) en pastilles solides, et de l’eau distillée ou déminéralisée. Tout le reste — fragrance, colorant, argile, exfoliant — est optionnel et s’ajoute à la trace. La quantité exacte de soude se calcule via les valeurs SAP propres à chaque huile, avec un calculateur dédié.
Huiles végétales
Les huiles constituent la matière grasse qui réagit avec la soude. Chaque huile apporte des propriétés spécifiques au savon fini, déterminées par sa composition en acides gras 1.
- Huile d’olive (acide oléique, 70-80 %) : douceur, mousse crémeuse, excellente pour peaux sensibles. Consulter notre guide des huiles végétales en saponification pour les valeurs SAP complètes.
- Huile de coco (acide laurique, 48 %) : mousse abondante, dureté du pain. À limiter à 25-30 % pour éviter l’effet asséchant.
- Beurre de karité (oléique + stéarique) : texture onctueuse, soin intense, aide à la dureté.
- Huile de ricin (acide ricinoléique, 87 %) : booste la mousse de toutes les autres huiles. 5 % suffisent.
Hydroxyde de sodium (NaOH)
L’hydroxyde de sodium — soude caustique, NaOH — est l’agent alcalin qui déclenche la saponification 2. Il se présente sous forme de pastilles blanches. La qualité technique (97-99 % de pureté) convient pour la savonnerie.
Attention : la soude caustique est un produit corrosif. Port de lunettes et de gants nitrile obligatoire. La dissolution dans l’eau est fortement exothermique.
Eau distillée
L’eau sert de vecteur pour la soude. Distillée ou déminéralisée uniquement : le calcaire et les minéraux de l’eau du robinet peuvent perturber la réaction et créer des taches blanches en surface. Quantité standard : 33-38 % du poids d’huiles.
Comment choisir ses huiles pour un savon SAF ?
Une formule équilibrée croise trois familles d’huiles. Les huiles dures (coco, palme, palmiste) à 20-30 % apportent mousse abondante et dureté. Les huiles douces (olive, amande douce, chanvre) à 40-60 % donnent douceur et soin. Les huiles spéciales (ricin 5-10 %, karité 5-15 %) ajoutent une propriété ciblée (mousse crémeuse, surgras naturel). Le ratio débutant 50 % olive / 25 % coco / 20 % karité / 5 % ricin est un point de départ stable.
Une formule de savon bien équilibrée combine :
| Propriété recherchée | Huile recommandée | Proportion conseillée |
|---|---|---|
| Mousse abondante | Coco, palmiste | 20-30 % |
| Douceur / soin | Olive, amande douce, chanvre | 40-60 % |
| Dureté du pain | Karité, palme, coco | 20-30 % |
| Mousse crémeuse | Ricin | 5-10 % |
Un savon 100 % huile d’olive (savon de Castille) est très doux mais produit peu de mousse et met 6 à 12 mois à durcir. Un savon riche en coco mousse bien mais peut agresser les peaux sensibles. L’équilibre 50/25/20/5 (olive/coco/karité/ricin) est le point de départ classique pour débutants.
Comment calculer la quantité de soude pour un savon ?
La quantité de NaOH se calcule en multipliant chaque masse d’huile par sa valeur SAP NaOH, puis en additionnant. Exemple : pour 250 g d’olive (SAP 0,134) + 125 g de coco (SAP 0,190) + 100 g de karité (SAP 0,128) + 25 g de ricin (SAP 0,129) on obtient 33,5 + 23,75 + 12,8 + 3,2 = 73,25 g de NaOH à 100 %. Pour un surgras de 6 % : 73,25 × 0,94 = 68,86 g de NaOH réel à peser. Un calculateur (Soap Calc, Mendrulandia) automatise ce calcul.
La saponification consomme une quantité précise de NaOH par gramme d’huile — appelée valeur SAP NaOH. Chaque huile a sa propre valeur 1 :
- Huile d’olive : 0,134 g NaOH / g d’huile
- Huile de coco : 0,190 g NaOH / g d’huile
- Beurre de karité : 0,128 g NaOH / g d’huile
- Huile de ricin : 0,129 g NaOH / g d’huile
Le surgras réduit la quantité de soude calculée d’un pourcentage donné. Surgras 6 % = on utilise 94 % de la dose théorique de NaOH.
Formule : NaOH (g) = Σ(poids huile × SAP) × (1 − surgras/100)
Ne jamais calculer ces valeurs à la main pour une première recette. Utiliser Soap Calc (en ligne, gratuit) ou Mendrulandia. Ces outils gèrent aussi la quantité d’eau et détectent les déséquilibres de formule.
Matériel minimal
| Équipement | Spécification | Pourquoi |
|---|---|---|
| Balance de précision | 0,1 g, portée ≥ 2 kg | La soude se pèse au dixième de gramme près |
| Thermomètre | Infrarouge ou sonde inox | Contrôle température huiles et lessive (40-50 °C pour mélanger) |
| Mixeur plongeant | Puissance ≥ 200 W | Atteindre la trace en 2-5 min plutôt qu’en 30 min à la spatule |
| Moule silicone | Format pain (loaf) ou individuel | Démoulage sans effort après 24-48 h |
| Pichet inox ou PEHD | 1-2 L | Préparer la lessive de soude (résistant à la chaleur) |
| EPI | Lunettes + gants nitrile + tablier | Obligatoires dès manipulation soude |
Le matériel et moules pour savon détaille les critères de choix pour chaque poste, avec comparatif de moules silicone selon le format de batch.
Recette débutant : 50 % olive / 25 % coco / 20 % karité / 5 % ricin
Formule pour 500 g d’huiles (≈ 5 pains de 100 g)
| Ingrédient | Poids | % |
|---|---|---|
| Huile d’olive vierge | 250 g | 50 % |
| Huile de coco vierge | 125 g | 25 % |
| Beurre de karité non raffiné | 100 g | 20 % |
| Huile de ricin | 25 g | 5 % |
| Huiles total | 500 g | |
| NaOH (soude caustique) | 68,9 g | surgras 6 % |
| Eau distillée | 175 g | 35 % |
Valeurs calculées via Soap Calc, surgras 6 %, eau 35 % :
- NaOH théorique : 73,3 g × 0,94 = 68,9 g
- Barre de dureté estimée : 39 — Conditionnement : 18 — Mousse : 27 — Tenue de mousse : 16
Recette testée en atelier Kafee — photos à venir pour publication.
Étapes résumées
1. Préparer la lessive de soude Peser l’eau distillée dans le pichet inox. Peser le NaOH séparément. Verser le NaOH dans l’eau (jamais l’inverse). Mélanger jusqu’à dissolution complète. La solution atteint 70-80 °C. Laisser refroidir à 40-45 °C.
2. Faire fondre les corps gras Peser et faire fondre ensemble les huiles et le beurre de karité au bain-marie ou au micro-ondes (puissance faible). Attendre que la température descende à 40-50 °C.
3. Mélanger et atteindre la trace Verser lentement la lessive de soude sur les huiles en mixant par impulsions. La trace légère ressemble à une crème anglaise : le mélange laisse une trace en surface quand on le fait couler du mixeur. Compter 2 à 5 minutes avec mixeur plongeant.
4. Ajouter les optionnels À la trace légère : fragrance (3-4 % max), colorants naturels, argile, poudres botaniques. Mélanger rapidement à la spatule.
5. Couler dans le moule Verser dans le moule silicone. Tapoter pour éliminer les bulles. Couvrir d’un film alimentaire ou d’une planche pour garder la chaleur. Laisser 24 à 48 heures avant démoulage.
6. Cure 4 à 6 semaines Couper en pains, placer sur une grille en bois ou inox. Stocker à l’abri de la lumière directe, bonne ventilation, 18-22 °C. Retourner les pains toutes les semaines. Tester le pH du savon à la bandelette ou au pH-mètre après 4 semaines.
Variantes selon l’usage
Savon peaux sèches
Surgras 8-10 %, remplacer une partie de l’huile de coco par de l’huile d’avocat ou d’amande douce. Réduire le coco à 15 % maximum. La recette complète est disponible sur recette savon peau sèche.
Savon doux pH minimal
Formule dominance oléique (olive 65 % + karité 25 % + ricin 10 %, sans coco). Surgras 8 %. Mousse modeste mais très respectueux de l’épiderme. Pour comprendre l’impact du pH sur la peau, consulter notre article sur le savon à pH neutre.
Savon cadeau parfumé
Ajouter 3 % d’huile essentielle de lavande officinale (≤ 1 % si lavande fine pour raisons réglementaires) ou 4 % de fragrance cosmétique à la trace légère. Un moule individuel rond ou en cœur permet un démoulage propre sans découpe.
Savon exfoliant
Incorporer 1-2 cuillères à soupe de poudre de café, d’avoine colloïdale ou de pavot à la trace épaisse. Ces additifs n’affectent pas la saponification mais doivent être ajoutés après la trace pour éviter leur dégradation par la soude.
Comprendre la saponification à froid
La saponification à froid (SAF) est la méthode décrite ici : les corps gras réagissent avec la lessive de soude à basse température (40-50 °C). Elle préserve les insaponifiables des huiles (vitamines, phytostérols) et la glycérine reste dans le savon.
La saponification à froid est à distinguer de la saponification à chaud (SAC), où la pâte est cuite au bain-marie ou à la mijoteuse — ce qui accélère la cure mais dégrade une partie des actifs. Pour une première recette, la SAF est recommandée : plus de contrôle, moins de matériel.
Erreurs fréquentes à éviter
Trace trop rapide (saisie). Certaines huiles, notamment le coco fondu chaud, accélèrent la trace. Solution : travailler à plus basse température (35-38 °C) et ajouter les fragrances à la toute dernière minute.
Savon qui sue. Des gouttelettes de glycérine en surface indiquent une humidité ambiante élevée ou un surgras très haut. Ce n’est pas dangereux mais affecte l’esthétique. Conserver dans un endroit sec.
Cendre de soude en surface. Dépôt blanc friable en surface après cure — carbonate de sodium formé par contact avec le CO₂ de l’air. Cosmétiquement indésirable, mais inoffensif. Éviter en couvrant le moule les premières 48 h.
pH encore trop élevé à 4 semaines. Laisser curer 2 semaines de plus. Si le pH dépasse 11 à 8 semaines, la formule est déséquilibrée — vérifier le calcul de soude.
Recette testée en atelier Kafee · surgras 6 % · eau 35 % · batch 500 g · photos atelier en cours de publication.
Footnotes
-
FAO/WHO Codex Alimentarius — CODEX STAN 210-1999 (rév. 2015) — Standard for Named Vegetable Oils — valeurs SAP NaOH de référence. https://www.fao.org/input/download/standards/336/CXS_210e_2015.pdf ↩ ↩2
-
PubChem — Sodium hydroxide (NaOH), CID 14798. National Library of Medicine. https://pubchem.ncbi.nlm.nih.gov/compound/Sodium-hydroxide ↩