Savon de Marseille authentique : guide complet pour le reconnaître
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Le savon de Marseille fait partie du patrimoine cosmétique français depuis l’édit de Colbert de 1688, qui réservait l’appellation aux savonneries marseillaises produisant un savon contenant exclusivement des huiles végétales. Plus de trois siècles plus tard, l’authenticité reste pourtant difficile à garantir pour le consommateur : l’appellation « savon de Marseille » n’est pas, à ce jour, juridiquement protégée. Une demande d’IGP (Indication Géographique Protégée) est en cours d’instruction, mais en attendant, n’importe quel industriel peut étiqueter ainsi un savon contenant des huiles animales, du parfum synthétique ou des conservateurs.
Cet article fait le point sur ce qu’est un vrai savon de Marseille en 2026, comment le reconnaître, quelles marques s’engagent sur la traçabilité, et pour quels usages il reste pertinent — ou non.
Qu’est-ce qu’un vrai savon de Marseille ?
La charte UPSM : 4 ingrédients seulement
Faute de protection juridique, c’est l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM) qui maintient la définition technique du produit traditionnel à travers sa charte. Selon cette charte, un savon ne peut prétendre au qualificatif « de Marseille » que s’il contient exclusivement :
- Des huiles végétales (olive principalement, parfois coprah ou palme certifiée durable).
- De la soude (NaOH) qui réagit avec les huiles pour produire le savon par saponification.
- De l’eau pour la solution de soude.
- Du sel marin (NaCl) pour purifier la pâte.
C’est tout. Aucun parfum, aucun colorant, aucun conservateur, aucun chélatant, aucun additif quel qu’il soit. Toute formulation contenant ne serait-ce qu’une trace d’EDTA, de dioxyde de titane ou de fragrance synthétique sort de la définition traditionnelle, même si elle peut légalement être commercialisée comme « savon de Marseille » faute de protection.
La cuisson au chaudron : un procédé spécifique
Au-delà des ingrédients, la charte UPSM impose un procédé de cuisson au chaudron en cinq étapes traditionnelles :
- L’empâtage — mélange des huiles et de la soude.
- L’épinage — élimination de l’excès de soude par lavage à l’eau salée.
- La cuisson — montée en température prolongée du chaudron pour la saponification complète.
- Le relargage — séparation de la glycérine (vendue séparément à l’industrie).
- La liquidation — purification finale et coulage en moules.
Ce procédé prend environ dix jours. Il est radicalement différent de la saponification à froid que pratiquent la plupart des savonniers artisanaux modernes (voir notre guide de la saponification à froid) : la SAF conserve la glycérine dans le savon, alors que la cuisson au chaudron l’extrait, donnant un savon plus dur et moins hydratant mais beaucoup plus durable.
Comment reconnaître un vrai savon de Marseille
Les marques certifiées UPSM en 2026
Quatre savonneries historiques sont membres de l’UPSM et s’engagent contractuellement sur le respect de la charte :
| Savonnerie | Lieu | Année de fondation | Spécialité |
|---|---|---|---|
| Marius Fabre | Salon-de-Provence | 1900 | Cubes verts (huile d’olive) et blancs (huile de coprah) |
| Le Sérail | Marseille | 1949 | Cubes traditionnels et savons aromatisés post-saponification |
| Le Fer à Cheval | Marseille | 1856 | Doyenne des savonneries marseillaises actives |
| Le Midi | Marseille | 1894 | Cubes traditionnels grand format |
D’autres marques produisent des savons de qualité hors UPSM (notamment La Corvette depuis 1894 à Marseille, qui n’est pas membre UPSM mais respecte un cahier des charges similaire). L’absence d’adhésion UPSM ne signifie pas automatiquement « savon non authentique », mais c’est aujourd’hui le seul label reconnu garantissant la conformité à la charte traditionnelle.
Les signes visuels d’authenticité
Un cube de savon de Marseille traditionnel présente plusieurs caractéristiques visuelles reconnaissables :
- Forme cubique (200 g, 400 g, 600 g, 1 kg, 2,5 kg) avec arêtes nettes.
- Couleur uniforme : verte pour les recettes à l’huile d’olive, blanche pour celles à base de coprah/palme.
- Tampon en relief sur les six faces, indiquant la marque, le poids et la mention « 72 % d’huile ».
- Texture sèche et dure : un vrai cube de Marseille tient des années sans se déformer.
- Absence d’odeur prononcée : un parfum fort signale la présence de fragrance ajoutée, donc un produit hors charte.
Lire l’INCI
L’étiquette INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) est obligatoire sur tout cosmétique vendu en Europe (règlement CE 1223/2009). Pour un vrai savon de Marseille, vous devez lire au maximum quatre lignes :
Sodium Olivate, Aqua, Sodium Chloride, Sodium Hydroxide
Tout ingrédient supplémentaire (parfum, EDTA, dioxyde de titane, conservateurs en -paraben ou -phenoxyethanol) signale un produit hors charte UPSM.
Pour aller plus loin sur la composition exacte, voir notre guide détaillé du vrai savon de Marseille : ingrédients et marques.
Pour quels usages utiliser un vrai savon de Marseille ?
Usages corporels recommandés
Le savon de Marseille traditionnel convient particulièrement à :
- Lavage des mains au quotidien (effet dégraissant excellent).
- Toilette corporelle sur peau normale à mixte.
- Rasage (mousse onctueuse, particulièrement avec un blaireau).
- Lavage des vêtements de bébé comme alternative aux lessives industrielles parfumées.
Usages corporels déconseillés
Son pH élevé (9-10) le rend en revanche inadapté pour :
- La peau du visage, surtout pour les peaux sensibles, atopiques ou matures (effet asséchant).
- Les peaux à problèmes dermatologiques (eczéma, psoriasis) — privilégier des formulations spécifiques sur avis médical.
- Le shampoing quotidien — l’usage sur cheveux est possible mais nécessite un rinçage acide (vinaigre dilué) pour rééquilibrer le pH.
Usages ménagers
Le savon de Marseille est extrêmement polyvalent en usage ménager :
- Lessive maison — voir notre recette de lessive maison au savon de Marseille (à venir).
- Détachant sur taches grasses (vêtements, nappes).
- Insectifuge léger dilué en spray pour les pucerons sur les plantes (voir aussi le savon noir contre les pucerons — à venir).
- Nettoyant multi-surfaces dilué dans de l’eau chaude.
Vrai savon de Marseille vs. savon générique étiqueté « Marseille »
| Critère | Vrai savon de Marseille (UPSM) | Savon générique étiqueté « Marseille » |
|---|---|---|
| Composition | 4 ingrédients végétaux | Souvent 8-15 ingrédients dont parfum, EDTA, conservateurs |
| Origine | Bouches-du-Rhône (Marseille / Salon) | Variable — parfois Asie ou Europe de l’Est |
| Procédé | Cuisson au chaudron 10 jours | Industriel, parfois saponification continue |
| Glycérine | Extraite (savon dur) | Souvent ajoutée |
| Prix | 6-12 € le 600 g | 2-5 € le 250 g (suremballé) |
| Durabilité | 6-18 mois | 1-3 mois |
Pour la même quantité de savon réellement utilisable, le vrai savon de Marseille revient moins cher que la version industrielle parfumée — sa densité et sa durabilité compensent largement le prix unitaire plus élevé.
Pour aller plus loin
Sur le même thème, nous détaillons :
- Vrai savon de Marseille : composition, INCI et marques certifiées — étude détaillée de l’étiquette d’un cube authentique.
- Savon de Marseille : tous ses usages maison et cosmétiques (à venir) — guide pratique d’utilisation.
- Lessive maison au savon de Marseille : la recette qui marche (à venir).
- Meilleures savonneries artisanales de France (à venir) — au-delà de Marseille.
Pour comprendre la différence avec d’autres savons traditionnels, voir notre guide savon d’Alep : origines, grades et bienfaits (à venir).
Sources
- UPSM — Union des Professionnels du Savon de Marseille : charte officielle, liste des membres, procédé traditionnel.
- Wikipédia — Savon de Marseille : contexte historique (édit Colbert 1688) et évolution réglementaire.
- DGCCRF — Étiquetage cosmétique : obligations INCI, contrôle des allégations sur les emballages.
Questions fréquentes
- Tous les savons étiquetés « Marseille » sont-ils authentiques ?
- Non. L'appellation « savon de Marseille » n'est pas juridiquement protégée à ce jour : un fabricant peut commercialiser un savon contenant des huiles animales, du parfum ou des conservateurs en l'étiquetant « savon de Marseille » sans encourir de sanction. La charte UPSM (Union des Professionnels du Savon de Marseille) impose un cahier des charges strict suivi par 4 savonneries historiques : Marius Fabre, Le Sérail, Le Fer à Cheval et Le Midi.
- Pourquoi un vrai savon de Marseille est-il vert ?
- Le savon de Marseille traditionnel est cuit à base d'huile d'olive (à plus de 72 %), ce qui lui donne sa couleur verte naturelle. La couleur blanche correspond à des recettes à base d'huile de coprah ou de palme — autorisées par la charte UPSM mais moins emblématiques. La couleur n'est jamais ajoutée par colorant.
- Le savon de Marseille convient-il à la peau du visage ?
- Le savon de Marseille traditionnel a un pH élevé (entre 9 et 10), ce qui peut être asséchant sur la peau du visage, particulièrement pour les peaux sensibles ou atopiques. Il convient mieux à l'usage corporel ou ménager. Pour le visage, préférez un savon surgras formulé spécifiquement (voir notre [guide des recettes savon](/recette-savon-fait-maison/)).
- Quelles marques sont certifiées par l'UPSM ?
- Quatre savonneries historiques sont membres de l'UPSM en 2026 : Savonnerie Marius Fabre (Salon-de-Provence), Le Sérail (Marseille), Le Fer à Cheval (Marseille) et Le Midi (Marseille). Ces marques s'engagent contractuellement sur la composition (4 ingrédients), le procédé (cuisson au chaudron) et la traçabilité.